La gratuité des transports au Luxembourg, un exemple à suivre pour d’autres pays ?

Le 1er Mars 2020, le Luxembourg est devenu le premier pays au monde à adopter la gratuité des transports publics pour ses résidents, ses travailleurs transfrontaliers ainsi que ses touristes détrônant Tallinn, capitale de l’Estonie, passée en 2013 à la gratuité totale de ses transports en commun. 

Que vous soyez Luxembourgeois, transfrontalier ou même touriste, vous n’aurez plus besoin de tickets pour vous déplacer dans le Grand-Duché. En effet, depuis le 1er Mars 2020, les bus, les trams, ainsi que les trains ne nécessitent plus aucun titre de transport pour y accéder, les passagers ne sont tenus d’avoir sur eux que leur carte d’identité. Dans les trains, la 1e classe restera cependant payante.

Pourquoi instaurer la gratuité des transports ? 

Source : https://www.mobiliteit.lu/fr/mobilite-gratuite-a-partir-du-01-03-2020/

Cette mesure s’inscrit dans un plan de mobilité destiné avant tout à réduire l’impact écologique des transports et de réduire les embouteillages, qui sont assez fréquents dans ce petit pays prospère de 610 000 habitants. La voiture étant le moyen de déplacement le plus utilisé dans le Grand-Duché avec 47% de déplacements professionnels et 71% de déplacements personnels, le Luxembourg est connu pour ses encombrements. Les autres transports publics comme le bus par exemple, ne sont quant à eux utilisé que pour 32% des déplacements professionnels devançant le train qui est utilisé pour seulement 19 % des déplacements. À titre de comparaison, à Paris, près de 70 % des travailleurs empruntent les transports publics. 

De même, 200 000 frontaliers viennent chaque jour pour y travailler, dont 100 000 en provenance du Grand-Est, représentant près de la moitié des salariés dans le pays. Comme la majorité de la population, ils favorisent les déplacements par le biais de la voiture. Ainsi, on constate très vite que la mobilité d'aujourd'hui dans le Grand-Duché est un échec : le trafic est encombré, l'espace urbain n'est plus disponible et les habitants des zones rurales sont ignorés. 

De plus, instaurer la gratuité des transports est avant tout une mesure sociale qui vise à restaurer la mobilité des personnes en situation de graves difficultés financières, leur permettant ainsi de bénéficier d’une plus grande mobilité. La gratuité des transports représentera une économie estimée à environ 100 euros en moyenne par personnes et par an. 

Par ailleurs, cette gratuité des transports permet au Grand-Duché de faire des économies en particulier dans les petites municipalités. En effet, il peut être plus avantageux de supprimer les postes de contrôleurs et de distributeurs de billets et de renoncer aux revenus de la vente des billets.  

Un plan d’amélioration des transports publics ?

Plan du futur réseau de tramway de Luxembourg Ville 

Le gouvernement prévoit également d’améliorer les infrastructures destinées à accueillir les transports publics et de doubler ainsi le nombre de places de stationnement de transport en commun, d'ajuster les itinéraires de bus, de doubler le nombre de points de recharge pour les véhicules électriques, d'améliorer les pistes cyclables et d'étendre le réseau de tramway. Et utilisez la troisième voie dédiée au covoiturage sur l'autoroute. Le Luxembourg prévoit également d’étendre son réseau de tram d’ici 2023. Après avoir prolongée le réseau en 2020 jusqu'à la place de Paris et la gare centrale (soit 7,6 km), en 2023 elle disposera de son tracé définitif, de l'aéroport de Luxembourg-Findelà la Cloche d'Or, au sud du quartier de Gasperich, soit 24 stations sur près de 16,4 kilomètres. Cela inscrit donc le pays dans une démarche d’autant plus écologique qui dans les années à venir, aura un impact plus que positif sur la vie dans le Grand-Duché. Selon François Bausch, ministre de la Défense, de la Mobilité et des Travaux publics et de la Sécurité intérieure dans le gouvernement 

 « L’introduction de la gratuité des transports publics est la cerise sur le gâteau dans le cadre de notre stratégie globale visant une révolution multimodale ». 

Un investissement à grande échelle : 

Afin de mettre en place les mesures d’amélioration des infrastructures, le Grand-Duché prévoit d’investir massivement. Pour les trains, Le Grand-Duché a investi 2,8 milliards d'euros de 2008 à 2019 pour augmenter la capacité du réseau ferroviaire et prévoit d'ici 2027, d’investir jusqu’à 3,2 milliards d'euros.

La gratuité des transports a t-elle réduit l’utilisation de la voiture dans le Grand-Duché ? 

La gratuité des tickets de transports a pour le moment peu d'effet sur la décision de remplacer les voitures par les transports publics. En effet, des chercheurs de l'Université du Luxembourg MobiLab ont récemment dévoilé dans une étude non publiée : que même aux heures de pointe, le temps passé dans les transports en commun est généralement 2 à 6 fois plus long que le temps passé dans le bus ! Cela est un facteur majeure expliquant l’utilisation de la voiture au profit du bus ou des autres moyens de transports publics même s’ils sont aujourd’hui gratuits.  Le plus important pour les passagers est la qualité du réseau, la ponctualité, le confort et la propreté, et si possible, éviter les bus, tramways ou trains bondés. Cependant, avec les investissements qui sont en train d’être réalisé avec notamment le développement du réseau de tramway, une diminution du nombre de véhicules dans le centre-ville est attendu. 

Une gratuité qui ne fait pas l’unanimité ?

La gratuité des transports au Luxembourg ne fait pas l’unanimité auprès de la population. On craint même que cela ne creuse encore plus les inégalités sociales dans le pays.  En effet, les personnes de classe sociale moins élevée et vivant dans des endroits peu connectés ne bénéficieront pas de la gratuité des transports en commun tout en payant des taxes pour. Ces mesures seront principalement bénéfiques aux utilisateurs qui vivent dans la ville de Luxembourg. De plus, le principal syndicat des transports FNCTTFEL Landesverband s'est dit préoccupé par le travail de 350 conducteurs, agents de bord et autres contrôleurs. En effet, la gratuité des transports dévalorise le travail de ces agents et supprime des postes au sein des compagnies de transports.